Dental Tribune Belgium (French)

Billet d’humeur: Et mon attestation?

By Hilde Devlieger
May 28, 2021

Nous avons une chouette nouvelle activité, ici au cabinet, une activité qui n’a en fait plus rien à voir avec la dentisterie. Nous sommes courtiers en assurances dentaires...

Depuis l’instauration des polices d’assurance dentaire de toutes sortes, qu’elles émanent du privé ou d’une mutuelle, mais CERTAINEMENT depuis qu’une grande mutuelle, dont je tairai le nom, a pensé qu’il était nécessaire de distribuer généreusement un «bonus pour ses clients», nous avons en fin de journée une tête comme un seau tellement nous nous sommes débattus devant notre écran d’ordinateur, paralysés par les piles de formulaires qu’il faut remplir aujourd’hui pour chaque patient!

Et une tête comme un seau, c’est plutôt ridicule avec un masque, pauvres de nous...

Ces assurances sont bien entendu une initiative tout ce qu’il y a de plus noble. Les patients envisagent plus rapidement à passer à un petit implant supplémentaire ou à un full dental makeover. Car oui, tout est remboursé… ou pas?

C’est là qu’il y a anguille sous roche, mes chers patients. Il y a des temps d’attente, il y a des plafonds de remboursement, il y a des phrases écrites en petites lettres et il y a des catégories avec des sous-catégories, et il faut pas mal de compétences intellectuelles pour s’y retrouver.

Le traitement x tombe tout juste dans la bonne catégorie mais le traitement y non, avec à la clé un patient fâché et frustré et à nouveau un tas de coups de fil à donner et de papiers à remplir et tamponner et, oui, à scanner et à envoyer par mail, ah non, on ne peut pas, à télécharger alors, oh non, ça ne marche pas, à imprimer alors quand même? Notre imprimante fait des heures supplémentaires comme dans le bon vieux temps.

Pourtant, nous n’étions pas peu fiers de notre décision de réduire radicalement l’empreinte écologique du cabinet. Le coronavirus nous a incités à réfléchir à comment rendre plus efficace le travail du secrétariat, et nous avons donc pensé que si nous supprimions ces attestations, cela ferait quand même une différence par rapport aux contacts et aux flacons de désinfectant parfumé. Adieu l’imprimante matricielle et son bruit de cliquetis, qui se bloquait régulièrement, surtout quand il y avait une dizaine de personnes au comptoir, bien sûr!

Non, nous allions facturer électroniquement, cela faisait très dans l’air du temps et respectueux de l’environnement. Et cela s’est avéré un coup dans le mille! J’avais déjà amené l’imprimante matricielle au parc à conteneurs, il est vrai après un premier trajet pour rien car un imposant préposé m’a bloqué le passage sous prétexte que je n’avais pas rendez-vous. Tout en pensant à l’empreinte écologique, je suis revenue sur mes pas, en surveillant attentivement ma consommation sur le tableau de bord, tout en pensant à l’empreinte écologique, n’est-ce pas. Mais je m’égare un peu... C’est ce qui arrive avec ses rêves en vert. Soit. Toutefois, il semble bien que les patients soient indéniablement pétris de «vieilles» habitudes. Nous avons perdu le compte du nombre de fois où ils sont revenus sur leurs pas au cabinet après une dizaine de kilomètres de route pour demander «leur» attestation. De toute évidence, toute méfiance n’est pas encore dissipée à propos du fait qu’ils ne disposent plus désormais de ce papier tangible, ce papier qui offre la certitude ultime d’un remboursement. Heureusement, notre assistante administrative à la réception a une patience d’ange et continue de répéter inlassablement avec un grand sourire: «C’est automatique maintenant, vous recevrez très vite le remboursement sur votre compte, c’est chouette non?» Hop là, le patient repasse la porte, j’entends généralement alors le grondement féroce d’un moteur qui démarre, prêt à entamer le trajet de retour (pour rien). Chouette, non?

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